Qui crée la monnaie ? Tout savoir sur la création monétaire.

Pourquoi a-t-on créé la monnaie ? Sur quoi repose sa valeur ? Qui crée l’argent aujourd’hui ? Nous revenons sur les mécanismes essentiels de la création monétaire et sur les idées reçues qui continuent d’entretenir la confusion.

Qui crée la monnaie ? Tout savoir sur la création monétaire.
Photo by Nick Pampoukidis

L’argent. Sacré sujet. On pense tous savoir comment il fonctionne et à quoi il sert. Mais d’où vient-il vraiment ? Certains disent que c’est de l’or, converti un jour en papier-monnaie. D’autres que c’est l’État qui actionne la machine à billets. Certains pensent aussi que c’est l’épargne des autres clients et clientes qui alimente leurs prêts à la banque. Beaucoup de fausses croyances circulent, alors qu’on parle du système même qui régit toute notre économie… Alors, comment ça marche tout ça ? On vous explique tout, en bref.

L’argent, existe-t-il vraiment ?

Ce mot est un sujet central mais souvent mal compris

L’argent fait partie de notre quotidien. Nous l’utilisons pour consommer, épargner, investir, rembourser un prêt ou percevoir un salaire. Pourtant, dès que nous nous interrogeons sur son origine, les certitudes deviennent moins solides.

Certains pensent que l’argent d’aujourd’hui est simplement l’héritier direct d’un système fondé sur l’or. D’autres imaginent que la création monétaire relève d’une simple décision de l’État, via une forme moderne de “planche à billets”. D’autres encore considèrent que lorsqu’une banque accorde un crédit, elle ne fait que redistribuer l’épargne déposée par d’autres clients. En réalité, le fonctionnement de la monnaie moderne est plus structuré, plus encadré, et plus comptable qu’il n’y paraît.

Comprendre qui crée la monnaie, comment elle circule, et ce qui lui donne de la valeur permet de mieux saisir la manière dont nos économies fonctionnent, ainsi que le rôle respectif des banques commerciales, des banques centrales et de la confiance collective.

La monnaie : une invention destinée à faciliter les échanges

Avant tout, il faut rappeler ce qu’est la monnaie. La monnaie n’est pas seulement un moyen de paiement. Elle remplit trois fonctions économiques classiques : elle sert d’unité de compte pour exprimer les prix, d’intermédiaire des échanges pour éviter les limites du troc, et de réserve de valeur pour transférer du pouvoir d’achat dans le temps.

Sans monnaie commune, chaque échange supposerait une double coïncidence des besoins : il faudrait que chacun possède exactement ce que l’autre veut, et souhaite exactement ce que l’autre propose. C’est cette difficulté que la monnaie permet de dépasser. Elle simplifie les échanges, réduit les coûts de transaction et rend possible une économie plus fluide.

Au cours de l’histoire, de nombreux objets ont pu servir de monnaie : coquillages, sel, bétail, métaux précieux. Ce qui importe, ce n’est pas la nature de l’objet en lui-même, mais le fait qu’il soit reconnu collectivement comme instrument de paiement et de mesure de valeur.

Pour qu’une monnaie s’impose durablement, certaines propriétés sont utiles : elle doit être divisible, transportable, identifiable, relativement rare et suffisamment durable. C’est pour cela que les métaux précieux ont longtemps occupé une place centrale dans l’histoire monétaire.

De la monnaie métallique à la monnaie de confiance

Pendant une longue période, les systèmes monétaires ont reposé sur des pièces contenant elles-mêmes une certaine valeur métallique. Plus tard, le développement du papier-monnaie s’est accompagné de la promesse qu’il pouvait être converti en or. Ce cadre est associé à ce que l’on appelle l’étalon-or.

Ce système n’existe plus aujourd’hui. Depuis la suspension de la convertibilité du dollar en or au début des années 1970, les grandes monnaies contemporaines ne valent plus parce qu’elles donnent accès à une quantité fixe de métal précieux. Leur valeur repose sur la confiance dans les institutions qui les émettent, dans la stabilité économique et dans l’acceptation générale de cette monnaie comme moyen de paiement.

C’est pour cette raison que nous parlons de monnaie fiduciaire : une monnaie fondée sur la confiance. Un billet de banque a une faible valeur matérielle en lui-même. Ce qui lui donne une valeur économique, c’est le fait qu’il soit accepté comme règlement et qu’il bénéficie d’un cadre institutionnel crédible.

La valeur d’une monnaie dépend donc de la confiance collective, mais aussi de la politique monétaire, de la solidité du système bancaire et de la stabilité des prix.

Et aujourd’hui ? L’argent est majoritairement dématérialisé

Lorsque nous pensons à l’argent, nous pensons souvent aux billets et aux pièces. Pourtant, dans les économies modernes, la majeure partie de la monnaie utilisée au quotidien n’est pas physique. Il s’agit de monnaie scripturale, c’est-à-dire des soldes inscrits sur les comptes bancaires, mobilisables par carte, virement, prélèvement ou chèque. La Banque de France rappelle que la monnaie fiduciaire est émise par la banque centrale, tandis que la monnaie scripturale est créée par les banques commerciales.

Autrement dit, le montant affiché sur un compte bancaire ne correspond pas à des billets individualisés conservés dans un coffre. Il correspond à une créance du déposant sur sa banque : la banque s’engage à mettre cette somme à disposition à la demande, mais cela ne signifie pas qu’elle la conserve physiquement sous forme d’espèces.

Cette distinction est essentielle pour comprendre la création monétaire moderne.

Explications sur la création monétaire

Info ou intox ? La Banque centrale crée la monnaie

Petite info, grosse intox. Déjà, présentons la Banque centrale : c’est une institution publique, indépendante de l’État, qui n’est donc pas une entreprise privée comme les autres banques, appelées elles « banques commerciales » ou « banques de second rang ». En France, ce rôle est tenu par la Banque de France, assujettie à la Banque Centrale Européenne (BCE).  Aux État-Unis, c'est un peu différent puisque la FED (Federal Reserve Board) est une banque privée qui appartient aux banques commerciales. Le gouvernement n'a en théorie pas de contrôle sur elle.

Et en effet, c’est bien la BCE qui détient la fameuse « machine à billets » ! C’est-à-dire, qui contrôle l'émission de monnaie physique (les pépètes, dans le jargon !), aussi appelée « monnaie centrale » (dans un autre jargon moins rigolo). Ce n’est donc pas l’État qui a ce droit, contrairement à ce que beaucoup pensent encore.

Mais, comme vous le savez désormais, les pièces et les billets correspondent uniquement à 10 % de la masse monétaire ! Qui crée donc le reste ?

La création monétaire, une histoire de crédit

Lorsque l’on fait une demande de prêt, peu de gens se demandent d’où vient cet argent. Certains diront que c’est celui de la banque, d’autres que c’est celui des autres clients et clientes de la banque. Ce qui, vous l’aurez compris, est en soit un peu la même chose.

Et c’est en partie vrai : l’épargne non employée d’un·e client·e peut être transférée pour financer un·e autre client·e en demande de prêt (merci copain !). C'est l'adage « les dépôts font les crédits ». Mais en réalité, ce n’est pas le procédé utilisé dans l'immense majorité des cas : si vous faites une demande de prêt de 1 000 euros, la banque va simplement créer une nouvelle ligne de code dans son ordinateur, et créditer votre compte en banque de 1 000 euros. Et c’est là qu’on parle de création monétaire. Plus précisément, de création monétaire « ex nihilo », ce qui veut dire « à partir de rien ». Un simple jeu d’écriture. Dans ce cas et a contrario de la situation précédente, on emploiera l'expression "les crédits font les dépôts".

Avec ces 1 000 euros, vous allez pouvoir acheter un nouveau canapé à Paul, ou en profiter pour rembourser Julie (qui vous paye des coups depuis bien trop longtemps). L’argent reçu par Paul ou Julie sera ensuite déposé sur leurs comptes en banque. C’est pourquoi il est plus juste de dire que ce sont les crédits qui font les dépôts. Et non l’inverse.

Lorsque vous remboursez votre banque, quelques mois plus tard, celle-ci supprime une ligne de code de 1 000 euros dans son ordinateur. On parle de destruction monétaire. Après remboursement, les 1 000 euros n’existent plus, mais durant leur existence, ils ont participé à l’activité économique. Ils ont permis d'assurer les paiements pour acheter un bien, de rémunérer le travail d’une personne ou de rembourser des dettes.

Et la création monétaire, via le crédit, est ce qui fait tourner le réseau de nos économies : si demain Paul veut créer une entreprise mais qu’il n’a pas les ressources nécessaires, il peut demander un prêt. Si la banque n’avait pas de moyens suffisants, Paul ne pourrait pas développer son activité, et donc créer des richesses et de l’emploi. En gros.

Mais du coup : les banques peuvent-elles créer de l’argent en illimité ?

Les limites de la création monétaire

Les banques commerciales ne peuvent pas créer de la monnaie sans contrainte. La création monétaire est encadrée à la fois par la réglementation prudentielle, par le besoin de liquidité et par la politique monétaire.

  • La « réglementation prudentielle »

Les banques doivent disposer de fonds propres suffisants au regard des risques qu’elles prennent. Il ne s’agit pas d’un mécanisme simpliste du type “80 euros pour 1 000 euros prêtés” applicable uniformément à tous les cas, mais d’un ensemble plus complexe d’exigences prudentielles fondées sur la nature et le risque des actifs bancaires. La Banque de France rappelle que la réglementation bancaire influence la création de monnaie scripturale.

  • Le besoin de liquidité

Même si une banque peut créer un dépôt au moment du prêt, elle doit être capable d’assurer les paiements, les retraits d’espèces et les règlements avec d’autres banques. Pour cela, elle a besoin de monnaie centrale. Les réserves détenues auprès de la banque centrale et l’accès au refinancement jouent donc un rôle essentiel.

  • La politique monétaire

La banque centrale influence le coût du refinancement et les conditions générales du crédit par ses taux directeurs. Lorsque les taux augmentent, le crédit a tendance à ralentir ; lorsqu’ils baissent, il peut être stimulé. C’est un levier majeur de la politique monétaire. La Banque de France souligne que la stratégie monétaire de l’Eurosystème vise la stabilité des prix autour de 2 % à moyen terme.

  • La demande de crédit

Enfin, il n’y a pas de création monétaire sans demande de financement suffisamment forte et solvable. Les banques ne créent pas de monnaie de manière abstraite : elles répondent à une demande de crédit dans un cadre économique, réglementaire et monétaire donné..

Le mot de la fin : des ratios différents, une solution pour lutter contre le mal du siècle ?

Avec tout ce qu’on t’a présenté, la création monétaire n’a plus de secret pour toi.

Maintenant, allons plus loin, est-il possible que la planche à billets devienne un outil de lutte contre le réchauffement climatique ?

On pourrait par exemple imaginer que le fameux ratio des 8% soit évolutif en fonction des activités financées : plus élevé pour des activités polluantes et plus bas pour des activités bonnes pour la planète. Le financement des activités polluantes deviendrait automatiquement moins rentable pour les banques.

C’est d’ailleurs ce que souhaitent certains députés européens, en proposant d’augmenter le ratio nécessaire au financement des industries les plus polluantes. Pour l’instant, beaucoup s’y opposent en prenant pour prétexte la supposée “neutralité de la finance” qui ne doit pas, selon ces personnes, favoriser des secteurs économiques à d’autres.

Mais il existe une parade à tout ça : le financement des énergies fossiles va devenir de plus en plus risqué, il sera alors essentiel que les fonds propres (et donc les garanties) requis pour les banques qui financent ces activités soient plus élevés puisque les risques sont plus grands. On augmenterait alors le coût du financement des ces activités par rapport à des activités plus vertueuses. Le sujet semble d'ailleurs de plus en plus d'actualité avec la parution de livres sur le sujet ou cette vidéo d’Heu?reka qui reprend en profondeur ces idées.

💡
Qui crée l'argent ?
L'argent sur nos comptes en banque est crée par les banques commerciales, ou banque de réseaux. La monnaie fiduciaire (les pièces et les billets) est créée par les banques centrales.

Comment est créé l'argent ?
L'argent sur nos comptes est crée par le mécanisme de création monétaire, par simple écriture comptable et informatique.

Quand y a-t-il création monétaire ?
À chaque fois qu'une banque commerciale fait un crédit à une entreprise ou un particulier, il y a création monétaire.

Qu'est ce que la destruction monétaire ?
Quand un crédit donnant lieu à de la création monétaire est remboursé, l'argent est détruit, sauf pour les intérêts qui eux sont conservés par la banque.