Par Andréa, cofondateur et DG de Green-Got. Mis à jour en octobre 2026.
L'essentiel en 30 secondes
Green-Got n'est pas une banque mais un Établissement de paiement agréé par l'ACPR depuis janvier 2026. Devenir Établissement de crédit, ce qui permet de prêter et de distribuer le Livret A, est la prochaine étape.L'argent de votre compte courant n'est ni prêté ni investi : il est conservé à part, chez le Crédit Mutuel Arkéa. Notre impact passe par nos dons, notre épargne et la sortie des grandes banques.Nous passons par des infrastructures de la finance traditionnelle (Mastercard, Generali, certaines sociétés de gestion), parce qu'il n'en existe pas d'autres. C'est notre méthodologie qui décide de ce qui est financé, pas le tuyau.Seuls 0,4 % des fonds analysés respectent notre cahier des charges. Cela nous oblige à des arbitrages : une part « blanche » d'environ 25 %, et une tolérance encadrée sur les trajectoires climatiques.Notre épargne exclut strictement l'expansion fossile, avec zéro financement d'entreprise dans le pesticide. Et nous refusons de travailler avec les pires financeurs du fossile.
Pourquoi nous avons choisi d'avancer imparfaits
Nous ne sommes pas parfaits, mais nous cherchons toujours à faire mieux. Mieux que ce qui existe ailleurs, mieux que ce que nous faisons déjà.
Nous aurions pu attendre d'avoir tout : l'agrément bancaire, une gamme complète de fonds maison, une infrastructure 100 % indépendante. Pendant ce temps, l'épargne des Français aurait continué de financer l'expansion des énergies fossiles.
Nous avons donc choisi le camp de celles et ceux qui agissent, plutôt que d'attendre une perfection qui pousse à l'inaction. Les limites font partie du chemin. C'est en agissant que nous apprenons et que nous progressons.
Cet article fait le point honnêtement sur ce que nous ne faisons pas encore, sur les compromis que nous acceptons, et sur ceux que nous refuserons toujours.
Pourquoi nous ne sommes pas (encore) une banque
En France, il existe trois grands statuts pour les acteurs du paiement et de la banque :
- Agent de prestataire de services de paiement : vous opérez avec l'agrément d'un autre établissement.
- Établissement de paiement : vous avez votre propre agrément, vos propres IBAN, vos propres cartes.
- Établissement de crédit : la banque au sens plein, qui peut prêter, distribuer le Livret A et le LDDS, et conserver elle-même les fonds de ses clients.
Quand nous avons créé Green-Got en 2020, nous n'étions ni héritiers, ni adossés à un grand groupe, ni financés par de grands fonds. Or un agrément d'Établissement de crédit demande plusieurs dizaines de millions d'euros immobilisés en fonds propres. Nous avons donc démarré comme tous les acteurs de notre secteur : en nous appuyant sur l'agrément d'un partenaire.
En janvier 2024, nous avons déposé notre dossier auprès de l'ACPR pour devenir Établissement de paiement. Deux ans d'instruction plus tard, le 23 janvier 2026, Domino SAS, la société qui porte Green-Got, a obtenu l'agrément (code interbancaire 17928). Nous pouvons désormais émettre nos propres IBAN et nos propres cartes, et nous raccorder directement aux réseaux de paiement SEPA et SWIFT. Nous avons pour cela construit notre propre infrastructure (core banking et traitement des cartes).
La migration des comptes vers cet agrément et notre core banking est prévue début 2027. D'ici là, une partie des services passe encore par PPS EU, établissement de monnaie électronique belge, notre partenaire historique.
Ce statut impose une règle : un Établissement de paiement ne peut pas garder lui-même l'argent de ses clients. Les fonds de vos comptes sont donc cantonnés sur des comptes dédiés au Crédit Mutuel Arkéa, séparés de notre bilan.
La prochaine marche, c'est l'agrément bancaire. Elle est haute. Nous la gravissons.
Ce que devient l'argent de votre compte courant
Dans une grande banque, vos dépôts servent à prêter et à investir, y compris dans les énergies fossiles. Chez Green-Got, ils ne sont ni prêtés ni investis. Ni par nous, ni par notre banque partenaire.
Notre statut nous oblige à les conserver à part, sur des comptes dédiés au Crédit Mutuel Arkéa, séparés de notre bilan.
Pourquoi Arkéa, et pas une autre banque ?
Ce n'est pas un choix par défaut. Arkéa est une banque coopérative et mutualiste, dont la politique d'exclusion des énergies fossiles est saluée par l'ONG Reclaim Finance. C'est aussi l'une des premières banques françaises à avoir publié ses résultats extra-financiers. Pour conserver l'argent de nos membres, nous voulions la banque la plus cohérente possible avec notre mission.
La limite qui reste
Même sans être prêtés, ces fonds figurent au bilan d'Arkéa et comptent dans ses réserves et ses ratios de liquidité : ils renforcent donc indirectement sa capacité de financement. Et comme pour n'importe quelle banque, personne ne peut dire quel projet précis cet effet indirect finance. C'est une limite réelle. Elle ne disparaîtra qu'avec notre propre agrément bancaire.
Et l'empreinte carbone de votre compte ?
Nous avons longtemps publié un chiffre d'empreinte carbone de nos comptes. Nous ne le faisons plus : selon les méthodes et les hypothèses retenues, les résultats varient trop pour fonder une promesse.
Les études sur les grandes banques suffisent à comprendre l'enjeu. En 2020, Oxfam estimait que 1 000 € déposés pendant un an à la Société Générale correspondaient à 652 kg de CO₂e, 601 kg chez BNP Paribas et 444 kg au Crédit Agricole. Et la réglementation le confirme : une banque ne prête et n'investit qu'à proportion de ses ressources stables, dont les dépôts des particuliers font partie (CRR, art. 428m-428n). Retirer ses dépôts d'une grande banque réduit donc ce qu'elle peut placer, y compris dans les énergies fossiles.
Où passe notre impact
Notre impact sur le compte courant passe par trois leviers concrets :
- Nos dons. Les frais d'interchange, que toutes les banques prélèvent aux commerçants à chacun de vos paiements, nous les reversons intégralement à des projets à impact. Les montants et la liste des bénéficiaires sont publics sur green-got.com/transparence.
- Notre épargne. 100 % des fonds de nos produits d'investissement excluent strictement l'expansion fossile, avec zéro financement d'entreprise dans le pesticide.
- La sortie des grandes banques. Chaque départ expliqué et rendu public coûte à une banque ce qu'elle valorise le plus : sa réputation. C'est ce qui fait bouger les lignes.
Pour aller plus loin : comprendre le système bancaire et l'impact de Green-Got.
Pourquoi nous passons par des acteurs que nous critiquons
C'est la question qu'on nous pose le plus souvent, et elle est légitime.
Le système financier n'a pas de porte d'entrée extérieure. Pour émettre une carte, il faut un réseau de paiement. Pour proposer une assurance-vie, il faut un assureur. Pour investir, il faut des sociétés de gestion et des dépositaires. Toutes ces infrastructures appartiennent aujourd'hui à la finance traditionnelle, y compris à des établissements dont nous dénonçons les financements.
Nos cartes fonctionnent donc avec Mastercard. Notre assurance-vie s'appuie sur Generali. Certains de nos fonds sont gérés par des sociétés comme BNP Paribas ou Crédit Agricole.
Ce qui compte, c'est ce qu'on met dedans
Un réseau de paiement ou un assureur n'a aucune prise sur ce que nous choisissons d'y faire passer. Ce choix-là, c'est notre méthodologie qui le fait : chaque investissement passe nos critères d'exclusion, examinés par notre conseil scientifique, publiés et vérifiables.
Il arrive qu'une société de gestion que nous critiquons par ailleurs propose un fonds qui coche toutes nos cases. Dans les équipes « sustainable » de grands groupes, il y a des personnes sincères qui construisent des portefeuilles avec conviction. Plutôt que de leur tourner le dos, nous travaillons avec elles et nous les poussons plus loin.
Concrètement, quand un fonds contient une entreprise impliquée dans l'expansion fossile, nous demandons son retrait au gérant. Parfois nous l'obtenons. Sinon, le fonds n'entre pas dans nos portefeuilles. Nous avons aussi obtenu la sortie de deux lignes du fonds euros Generali (deux aéroports) qui y figuraient comme « vertes ».
Et travailler avec eux ne nous fait pas taire. Nous continuons de publier, chiffres à l'appui, ce que financent les établissements dont nous utilisons les services. Par exemple : ce que les plus grandes banques mondiales ont financé dans les énergies fossiles.
Nos lignes rouges
Certains tuyaux restent fermés, quoi qu'il arrive.
- JPMorgan Chase, Citigroup, Bank of America, UBS et Barclays : le rapport Banking on Climate Chaos les classe parmi les plus gros financeurs des énergies fossiles depuis l'Accord de Paris. Leurs engagements sont faibles au regard de l'urgence.
- BlackRock et Vanguard : nous excluons leurs ETF et leurs fonds, en raison de leur contribution au réchauffement climatique et de leur sortie de l'alliance Net Zero Asset Managers (NZAM).
- BNP Paribas : un de ses fonds peut entrer dans un portefeuille s'il respecte strictement nos critères. Mais nous refusons de construire nos propres fonds avec BNP Paribas, ou d'aller plus loin dans un partenariat.
Comment nous sélectionnons, et où nous faisons des compromis
Un univers d'investissement minuscule
La demande pour une épargne responsable n'a jamais été aussi forte. En face, nous avons trouvé un marché saturé de fonds « verts » sans exclusions réelles, de labels peu exigeants et d'une grande opacité.
Notre cahier des charges est strict : exclusion stricte de l'expansion fossile (listes GOGEL et GCEL de l'ONG Urgewald), zéro financement d'entreprise dans le pesticide, mesure de l'empreinte CO₂e et exigence de rentabilité pour nos membres. Résultat : sur l'ensemble des fonds analysés, seuls 0,4 % le respectent.
Les labels ne suffisent pas à faire ce tri. Jusqu'au 1er janvier 2025, il était courant de trouver des entreprises fossiles dans des fonds labellisés ISR. Nous en parlons dans notre guide des labels ISR, Greenfin et Finansol.
Le détail de notre méthode est public : notre méthodologie d'investissement.
Le compromis n°1 : la part « blanche »
Quand on gère l'épargne de milliers de personnes, la première règle est de ne pas tout miser sur un seul secteur.
Or les entreprises qui réparent le climat (énergies renouvelables, transports bas carbone, éco-construction…) sont encore peu nombreuses et très concentrées. Si nous n'investissions que dans celles-là, une mauvaise année pour l'éolien ou le solaire suffirait à faire chuter tout le portefeuille de nos membres.
Nous avons donc fait un choix : environ un quart de nos investissements va à des entreprises comme SAP, Orange ou Oracle. Leur métier n'est pas la décarbonation, mais elles sont utiles à l'économie et elles réduisent réellement leurs propres émissions.
Ce n'est pas une zone grise. Ces entreprises subissent les mêmes exclusions que toutes les autres : aucune ne vit des énergies fossiles. Et vous pouvez vérifier chacune d'elles, puisque nous publions la composition de nos fonds ligne par ligne. Le jour où les entreprises de la transition seront assez nombreuses pour porter seules l'épargne de nos membres, cette part disparaîtra.
Le compromis n°2 : une tolérance encadrée sur les trajectoires climatiques
Nous excluons les fonds dont la trajectoire est incompatible avec l'Accord de Paris. Certains fonds affichés « Paris-aligned » sont en réalité sur une trajectoire supérieure à +4 °C d'ici la fin du siècle. Ce sont des ETF sans fossiles et peu chers, que d'autres acteurs sélectionnent. Nous les refusons.
En revanche, nous acceptons un fonds qui dépasse légèrement +2 °C à trois conditions :
- les entreprises qui le composent appartiennent à des secteurs utiles à la transition ;
- la trajectoire moyenne de l'ensemble du portefeuille reste strictement inférieure à +2 °C ;
- la trajectoire du fonds ne dépasse jamais +2,5 °C.
Le compromis n°3 : une majorité de l'épargne sur le marché secondaire
En mai 2025, 19 % de nos investissements finançaient directement l'économie réelle, sur le marché dit « primaire » : obligations vertes nouvellement émises, capital-investissement (private equity), produits structurés. Concrètement, cet argent paie des salaires, achète des équipements, lance des projets.
Les 81 % restants sont placés sur le marché « secondaire », en actions et obligations déjà en circulation. L'argent ne va pas directement sur le compte de l'entreprise. Mais il reste essentiel :
- détenir des actions donne des droits de vote, donc une influence sur la stratégie des entreprises ;
- le cours de bourse sert de référence pour chaque nouvelle levée de fonds : une entreprise bien valorisée se finance plus facilement ;
- le marché secondaire garantit la liquidité : vous pouvez récupérer votre argent quand vous en avez besoin.
C'est comme pour les voitures : un modèle qui se revend bien d'occasion attire beaucoup plus d'acheteurs neufs.
L'investissement direct comporte plus de risques et impose souvent de bloquer son argent. Nous voulons développer ces opportunités, mais nous proposerons toujours des produits qui ne bloquent pas votre capital, pour que la transition reste accessible à tous.

Pourquoi nous ne proposons pas de Livret A ni de LDDS :
D'abord parce que notre statut ne le permet pas encore. Mais aussi parce que ces livrets ne sont pas aussi verts qu'ils en ont l'air.
Prenons 100 € déposés sur un LDDS :
- Environ 60 € vont à la Caisse des dépôts. 26 € financent le logement social, 3 € des hôpitaux, crèches ou services publics, 3 € des actions et 28 € des obligations. Ces deux dernières poches peuvent financer des entreprises sans aucun critère de durabilité.
- Environ 40 € restent à la banque qui distribue le livret. 4 € peuvent aller au développement durable, 2 € à l'économie sociale, 2 € aux marchés financiers et 32 € aux PME, sans critère de durabilité.
Au total, environ 65 € sur 100 € ne sont pas fléchés vers des projets écologiques ou solidaires. Et aucune transparence n'est exigée sur ce qui est financé.
C'est pourquoi nous préparons un livret réellement fléché vers la transition : excluant les énergies fossiles, finançant directement des projets utiles au climat et à la biodiversité, transparent et accessible à toutes et tous.
Nous ne proposons pas non plus de crédit, immobilier ou à la consommation : c'est réservé aux Établissements de crédit. Pour le crédit immobilier, nous travaillons à un partenariat.
Ce qui vient ensuite
- Nos propres fonds. Créer un fonds avec une société de gestion n'est possible qu'à partir de 30 millions d'euros collectés : nous avons franchi ce seuil six mois après le lancement de notre assurance-vie. Notre premier fonds, Green-Got Sustainable Future, est lancé depuis octobre 2025, selon la méthodologie établie avec notre conseil scientifique. D'autres suivront, pour qu'une part croissante de votre épargne soit investie dans des fonds que nous concevons nous-mêmes.
- L'actionnariat actif. Une fois le cap du milliard d'euros franchi, nous voulons détenir des blocs d'actions de grandes entreprises cotées, y compris des secteurs les plus polluants, pour voter en assemblée générale et y imposer des virages climatiques. Retourner le pouvoir de l'actionnaire contre l'inaction.
- Début 2027 : la migration de tous les comptes vers notre agrément et notre propre core banking, pour une autonomie technique complète.
- L'agrément bancaire, pour faire du crédit, distribuer des livrets et conserver nous-mêmes les fonds de nos membres.
Ce que nous refuserons toujours
Financer l'expansion fossile. Nous l'excluons strictement : aucun investissement dans de nouveaux projets d'exploration ou d'extraction de charbon, de pétrole ou de gaz, y compris via des obligations vertes émises par ces entreprises. C'est aussi la position de l'Agence internationale de l'énergie.
Concrètement, une entreprise comme RWE, qui exploite encore la mine de charbon de Garzweiler, ne peut pas figurer dans nos fonds. À l'inverse, nous pouvons investir dans une entreprise qui a stoppé tout nouveau projet fossile et suit un plan de sortie crédible. Ørsted, ancienne major pétro-gazière devenue leader de l'éolien en mer, en est l'exemple. Plus de détails dans notre politique d'exclusion du charbon et notre politique d'exclusion du pétrole et du gaz.
Financer des entreprises de pesticides. Zéro financement d'entreprise dans le pesticide.
Compromettre nos critères pour des raisons commerciales. Ils ne sont pas négociables. Cela limite parfois notre univers d'investissement ou certaines performances à court terme. Mais c'est ce qui garantit la cohérence de notre approche et la confiance de nos membres.
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